Je ne me suis jamais, du moins je ne crois pas, fixé de liste arbitraire de choses "à faire avant telle date" importante pour moi. Les délais que je m'impose, je n'arrive presque jamais à les respecter et je suis une grande adepte de la procrastination. Mais il y a des choses que je rêve de faire "un jour", non pas "avant mes 30 ans" ou mes 40 ou autre décennie, mais tout simplement "un jour". Avant ma mort, donc. Parmi ces choses, il y en a une qui me tenait particulièrement à coeur. C'était d'aller voir, en concert, une symphonie que j'apprécie énormément, et qui est peut-être mon oeuvre de musique classique préférée. Parce qu'elle est quasiment unique en son genre, associant un orgue, un piano et un orchestre. Parce qu'elle a été écrite par un compositeur dont j'aime tout particulièrement l'esprit farceur et les nombreux pastiches qui se cachent dans ses oeuvres. Parce que c'est une oeuvre magnifique, tout simplement, en toute objectivité. Cette symphonie, c'est la troisième de Camille Saint-Saëns.
Saint-Saëns, pour moi, c'est un peu le grand-père blagueur qu'on aimerait tous avoir. Celui qui n'arrive pas à gronder sans avoir le regard qui pétille. Celui qui en impose avec sa barbe grise et son embonpoint mais qui n'hésite pas à construire des cabanes avec ses petits-enfants. Ce n'est sans doute pas un génie, au sens où il n'a jamais révolutionné la musique de son temps (bien moins que Ravel ou Debussy pour ne citer que deux contemporains français), mais ses oeuvres sont toujours guillerettes, légères et parfois faussement solennelles, comme s'il prenait la vie comme un jeu. Et c'est un état d'esprit qui me plaît.
Sachant que cette troisième symphonie était une oeuvre que l'on ne jouait pas souvent en concert, ne serait-ce que parce que le nombre de salles possédant un orchestre et pouvant accueillir un orchestre symphonique de la fin du XIXe est assez réduit, je guettais plus ou moins attentivement les programmes des salles de concert parisiennes pour espérer tomber sur la perle rare. Et voilà qu'une visite de la salle Pleyel lors des Journées du patrimoine a tout déclenché : cette oeuvre était prévue au programme. Inutile de préciser que je me suis précipitée sur le site pour acheter des places. Et que dès septembre, je connaissais donc une activité de mon mois de mai : ce concert.
Si au cours des derniers mois, l'enthousiasme était quelque peu tombé avec la perspective de ce concert dans les tréfonds de ma mémoire, hier soir, l'ambiance était électrique. Heureusement que je n'étais pas directement dans le champ des caméras car elles auraient pu s'en donner à coeur joie avec mon sourire béat et mes yeux écarquillés. Et mes doigts qui jouaient des bouts de la partition, et mes grimaces aux (légers !) décalages de rythme par rapport à la version que je connais par coeur. Hier soir, je suis redevenue une petite fille. Hier soir, je suis partie hors du temps. Hier soir, je me suis rendu compte que je pouvais mourir heureuse : je n'ai pas de liste de choses à accomplir avant de mourir, mais j'en ai quand même accompli une, de chose qui me tenait à coeur.
Le concert est visible ici jusqu'au 18 août, profitez-en vous aussi !
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On a écrit à la fourmi...