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11 août 2009 2 11 /08 /août /2009 07:00
Deuxième journée d'accueil de Notre Dame sur mon blog, toujours à la suite de La Marie des Anges
Je recueille toujours vos intentions de prière, n'hésitez pas !


Notre-Dame de France, Vierge pélerine

L'Ave Maria de Rutebeuf

 

(...)

Je veux commencer

une salutation à la douce Dame,

pour qu'elle nous garde de tout blâme,

car en un lieu digne et précieux

chacun doit mettre sans protester

son coeur et sa pensée.

Ave, reine couronnée!

Heureuse ta naissance,

à toi qui portas Dieu!

Tu réconfortas Théophile

quand tu lui rapportas sa charte

lui que le Malin,

qui se mêle toujours de faire le mal,

croyait avoir mis dans ses liens,

jeté dans sa prison.

Maria, ainsi que nous le lisons,

tu lui envoyas la guérison

de son mal:

il avait abandonné Dieu et son image

et fait hommage au diable

dans sa folie;

et le diable lui fit, pour sa douleur,

de son sang vermeil

écrire cette charte

qui précisait tout son martyre;

ensuite il lui fallut dire

sous la contrainte:

"Par cet écrit Théophile fait savoir

qu'il a, par intérêt,

renié Dieu."

Le diable l'avait si bien mis hors de son sens

qu'il était tout éperdu

de désespoir;

et quand il lui souvint

de vous, noble Dame charmante,

sans tarder

devant vous il s'en alla prier;

du fond du coeur il se mit à pleurer,

à verser des larmes;

et quand vous l'entendites pleurer du fond du coeur,

vous l'en avez récompensé au point

de vous mettre en chemin,

de rapporter sa charte de l'enfer,

de le délivrer du Malin

et de sa troupe.

Gratia plena vous êtes toute:

qui ne le croit pas, c'est qu'il n'y voit goutte,

et il le paie.

Dominus le Père sauveur

fit de vous sa fille et sa mère,

tant il vous aima;

il vous proclama Dame des Anges;

en vous il s'enferma, mais sans porter atteinte

à votre dignité

et sans vous faire perdre votre virginité.

Tecum, dans sa noble miséricorde,

il a voulu être toujours

là-haut dans la gloire céleste;

accordez-nous d'être nous aussi

à côté de lui.

Benedicta, toi qui nous a ôtés

du douloureux séjour

si repoussant

qu'il n'est trésor en ce monde

capable de nous dédommager

de la grande perte

que nous a méritée la faute d'Adam.

Prie ton fils de nous en purifier

et de nous tirer

de la boue qu'apporta Eve

en goûtant le jus de la pomme:

ce pourquoi ton fils,

comme j'en suis sûr et certain,

souffrit la mort et fut crucifié

le vendredi (...)

et le troisième jour, sans plus attendre,

ressuscita. (...)

Du paradis tu es la fontaine,

in mulieribus tu es pleine

de noblesse.

Fou, celui qui ne met pas en toi sa confiance.

Tu hais l'orgueil et la cruauté

plus que tout;

tu es le lis où Dieu repose;

tu es le rosier qui porte la rose

blanche et vermeille;

ta sainte tête a l'oreille

qui écoute les égarés pour les conseiller

et les remettre dans le droit chemin;

il y a en toi tant de bonheur et de joie

que je ne pourrais en raconter

le tiers.

Fou, celui qui pense autrement,

et plus fou encore qui renonce

à votre amitié,

car l'honnêteté, la miséricorde

et la patience se donnent à vous

sans restriction.

Ah! bénie soit la couronne

de Jésus-Christ, qui ceint

votre tête;

et benedictus encore une fois

fructus qui subit de grands maux,

de grandes souffrances

pour nous arracher à la fournaise

de l'enfer, qui est si puante,

laide et obscure.

Ah! douce Vierge pure et immaculée,

à cause de toi toute femme

doit être aimée.

Il est bien juste de te proclamer douce,

car il n'est en toi rien d'amer,

rien de dur:

tu as chassé loin de toi toute obscurité.

Par la grâce, par la pureté

ventris tui,

tous les diables se sont enfuis;

ils n'osent parler, car leur joie

s'est évanouie.

Quand tu tenais et embrassais

ton cher fils, tu les blessais

et les mettais à mal.

De même que c'est vrai, ce que tu as dit:

"Ah! cher Père qui m'as créée,

je suis ta servante",

je t'implore, Vierge,

de prier ton Fils qu'il nous appelle

au jour du Jugement,

quand il fera si violemment

trembler tout le monde sans exception

comme une feuille,

et qu'il nous reçoive parmi les siens!

Disons Amen: qu'il le veuille ainsi!

(...)

Rutebeuf (v. 1230-v. 1285), in Oeuvres complètes tome 2, traduction de Michel Zink, extraits


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