Partager l'article ! Premier tronçon: Le Puy en Velay - Conques. 204 km. Dans les pattes et dans le coeur. En voiture, ce serait si rapide. C'est la dista ...
Les femmes, je le sais, ne doivent pas écrire ;
J'écris pourtant...
Marceline Desbordes Valmore, Une lettre de femme, 1860
Le Puy en Velay - Conques. 204 km. Dans les pattes et dans le coeur. En voiture, ce serait si rapide. C'est la distance qui me sépare habituellement de ma famille. Et voilà que j'ai décidé d'aller dans un coin de France encore inconnu pour moi pour les parcourir à pied. Pour prendre du temps pour moi. Du temps seule, avant tout. Même si l'on n'est jamais entièrement seul. Même si cela en étonne plus d'un. Même si d'autres m'ont proposé de partir avec moi. Histoire de faire un peu le point, sans objectif précis à atteindre, sinon celui d'avancer chaque jour un peu plus. Au sens propre comme au figuré.
Détail d'un vitrail de la Chapelle des pénitents de Saint-Côme-d'Olt
Partir en pèlerinage sur le Chemin, c'est d'abord l'occasion de mettre ses pas dans ceux des pèlerins de Compostelle. Ou pas loin, puisque les tracés des GR ont dû composer avec les aléas de la vie moderne - autoroutes, droits de propriété, intérêts touristiques et financiers... De faire un saut hors du monde, sinon hors du temps. De porter tout un panier d'intentions (© Yayon) et d'être extrêmement touchée par la simplicité et la confiance qui se dégagent de ce qui nous est confié. De mettre au moins une partie de sa vie, sinon l'ensemble, entre les mains de Celui qui porte tout.
"A chacun sa croix - Mon Dieu, je Vous l'offre"
sur le Chemin entre Saint-Alban-sur-Limagnole et Aumont-Aubrac
Partir en pèlerinage, c'est aussi fatiguer le corps pour reposer l'esprit. Oublier le travail bien sûr, mais surtout le poids du quotidien. Profiter de la rencontre de multiples inconnus pour retrouver une certaine simplicité dans ses rapports aux autres, eux aussi pèlerins quel que soit leur cheminement. Se dégager de certains défauts trop lourds à porter qui n'ont pas leur place sur le Chemin. Alléger son for intérieur comme son sac à dos : un conseil de base pour réussir à aller jusqu'au bout...
Pensée sauvage
Une fois encore, je peux me considérer comme une enfant gâtée de la Providence. J'ai eu la chance de bénéficier d'un temps particulièrement clément, et de ne voir qu'un orage (pour lequel j'étais déjà à l'abri dans mon gîte pour la nuit) et quelques averses à la fin de ma traversée de l'Aubrac. J'ai aussi trouvé un toit tous les soirs, quasiment sans réservation (je n'ai appelé que deux fois, quelques heures avant d'arriver, pour pouvoir passer la soirée avec des personnes rencontrées en chemin et pour être sûre qu'un détour de quelques kilomètres valait le coup). J'ai croisé beaucoup d'étrangers... mais toujours des gens qui parlaient allemand, anglais ou espagnol, permettant l'échange. Je n'ai pas vu l'ombre d'une punaise de lit, un fléau semble-t-il. J'ai fait la connaissance d'un médecin et de deux infirmières qui sont tombées à pic pour me conseiller en matière d'ampoules et m'ont même donné ce qu'il me fallait.
Oh, malgré tout, le Chemin n'est pas quelque chose de facile. On apprend beaucoup, et vite. On apprend par exemple à s'écouter et à ne pas faire coûte que coûte ses 25 km/jour nécessaires pour arriver au but... quand on se fait une tendinite au pied dès le deuxième jour. Et puis on se rend compte deux jours après qu'on en a fait 28, puis 31, rattrapant ainsi le "retard". On se met malgré soi à boire les fameux trois litres d'eau par jour. On ne fait pas demi-tour pour aller chercher le chapelet tombé de la poche lors de la dernière pause ; tant pis pour le souvenir. On pardonne aux ronfleurs les nuits parfois hachées. On se rend compte parfois que les autochtones ne savent même pas qu'ils habitent à proximité du Chemin. On apprend également à accueillir tous ceux qui cheminent, qu'ils partagent notre foi ou non. Ainsi qu'à accepter qu'il faut une fin à tout, lorsque le dernier matin, on se prépare à partir non pas à pied mais en taxi pour aller prendre le train.
Sortie de la cathédrale du Puy, à l'issue de la Messe des pèlerins
Et quand on revient... on a le coeur gonflé de joie et de reconnaissance pour les merveilleux paysages découverts, pour la paix retrouvée même si toutes les questions en suspens sont loin d'être réglées, pour tous les moments de prière, aussi pauvres soient-ils, seule ou en communion avec certaines des personnes rencontrées, pour ces rencontres justement qui, aussi éphémères qu'elles soient sans doute, ont sans aucun doute été autant de rencontres du Christ, pour toutes les grâces reçues enfin, celles identifiées sur le moment et celles qu'il reste à découvrir, et notamment la grâce d'avoir réussi (du moins je l'espère !) à être Témoin, pendant ces huit jours et à mon retour. Deux occasions inédites dès le lundi, ça ne s'invente pas. Quand on revient... on se rend compte que l'on partait pour réfléchir sur sa vie, et que l'on rentre avec une expérience de Vie.
Place aux photos...
Cathédrale Notre Dame du Puy-en-Velay
Statue de Saint-Jacques devant laquelle a lieu la bénédiction des pèlerins
Et c'est parti ! E ultreia !
Vue sur la statue de Notre Dame de France et le sanctuaire Saint Michel d'Aiguilhe
La Roche, village à flanc de coteau en pierre de lave
Eglise de Saint-Christophe-sur-Dolaison
Chapelle Saint-Roch de Montbonnet
Saint-Privat-d'Allier
Rochegude
Monistrol d'Allier
Premier nuage du jour... signe d'orage comme la veille ?
Saugues
Le Sauvage
Rencontre impromptue
Chapelle Saint-Roch (oui, encore une... et c'est loin d'être la dernière !
Saint Roch est le patron des pèlerins, juste après Saint Jacques...)
Ca vaut le coup de partir tôt le matin, non ?
Après Saint-Alban sur Limagnole, on arrive dans l'Aubrac
Aumont-Aubrac
Depuis Saugues, nous sommes sur le territoire de la fameuse Bête du Gévaudan
La Chaze de Peyre
Lasbros, au petit matin
Rieutort d'Aubrac
Nasbinals
Aubrac
Saint-Chély d'Aubrac
église Saint Eloi de Saint-Chély
Pont des pèlerins
Adieu Aubrac, bonjour Rouergue
Saint-Côme d'Olt
église Saint Côme et Saint Damien, célèbre pour son clocher en vrille
Ouradou (oratoire)
Eglise de Perse (Espalion)
Espalion
Bessuéjouls
Trédou-Sébrazac : clocher octogonal sur tour carrée...
Verrières
Inutile de préciser :-)
Golinhac
Saint Jacques et Saint Roch, toujours...
Espayrac
Sénergues
Calvaire improvisé
Encouragement pour les pèlerins à l'approche de Conques...
Statue de Sainte Foy au-dessus de l'hôtellerie
Le fameux tympan du Jugement dernier
On a écrit à la fourmi...