Quelques échos de ma petite vie, de mes loisirs, de mes goûts, de mes réflexions, etc.

(...)
Je veux commencer
une salutation à la douce Dame,
pour qu'elle nous garde de tout blâme,
car en un lieu digne et précieux
chacun doit mettre sans protester
son coeur et sa pensée.
Ave, reine couronnée!
Heureuse ta naissance,
à toi qui portas Dieu!
Tu réconfortas Théophile
quand tu lui rapportas sa charte
lui que le Malin,
qui se mêle toujours de faire le mal,
croyait avoir mis dans ses liens,
jeté dans sa prison.
Maria, ainsi que nous le lisons,
tu lui envoyas la guérison
de son mal:
il avait abandonné Dieu et son image
et fait hommage au diable
dans sa folie;
et le diable lui fit, pour sa douleur,
de son sang vermeil
écrire cette charte
qui précisait tout son martyre;
ensuite il lui fallut dire
sous la contrainte:
"Par cet écrit Théophile fait savoir
qu'il a, par intérêt,
renié Dieu."
Le diable l'avait si bien mis hors de son sens
qu'il était tout éperdu
de désespoir;
et quand il lui souvint
de vous, noble Dame charmante,
sans tarder
devant vous il s'en alla prier;
du fond du coeur il se mit à pleurer,
à verser des larmes;
et quand vous l'entendites pleurer du fond du coeur,
vous l'en avez récompensé au point
de vous mettre en chemin,
de rapporter sa charte de l'enfer,
de le délivrer du Malin
et de sa troupe.
Gratia plena vous êtes toute:
qui ne le croit pas, c'est qu'il n'y voit goutte,
et il le paie.
Dominus le Père sauveur
fit de vous sa fille et sa mère,
tant il vous aima;
il vous proclama Dame des Anges;
en vous il s'enferma, mais sans porter atteinte
à votre dignité
et sans vous faire perdre votre virginité.
Tecum, dans sa noble miséricorde,
il a voulu être toujours
là-haut dans la gloire céleste;
accordez-nous d'être nous aussi
à côté de lui.
Benedicta, toi qui nous a ôtés
du douloureux séjour
si repoussant
qu'il n'est trésor en ce monde
capable de nous dédommager
de la grande perte
que nous a méritée la faute d'Adam.
Prie ton fils de nous en purifier
et de nous tirer
de la boue qu'apporta Eve
en goûtant le jus de la pomme:
ce pourquoi ton fils,
comme j'en suis sûr et certain,
souffrit la mort et fut crucifié
le vendredi (...)
et le troisième jour, sans plus attendre,
ressuscita. (...)
Du paradis tu es la fontaine,
in mulieribus tu es pleine
de noblesse.
Fou, celui qui ne met pas en toi sa confiance.
Tu hais l'orgueil et la cruauté
plus que tout;
tu es le lis où Dieu repose;
tu es le rosier qui porte la rose
blanche et vermeille;
ta sainte tête a l'oreille
qui écoute les égarés pour les conseiller
et les remettre dans le droit chemin;
il y a en toi tant de bonheur et de joie
que je ne pourrais en raconter
le tiers.
Fou, celui qui pense autrement,
et plus fou encore qui renonce
à votre amitié,
car l'honnêteté, la miséricorde
et la patience se donnent à vous
sans restriction.
Ah! bénie soit la couronne
de Jésus-Christ, qui ceint
votre tête;
et benedictus encore une fois
fructus qui subit de grands maux,
de grandes souffrances
pour nous arracher à la fournaise
de l'enfer, qui est si puante,
laide et obscure.
Ah! douce Vierge pure et immaculée,
à cause de toi toute femme
doit être aimée.
Il est bien juste de te proclamer douce,
car il n'est en toi rien d'amer,
rien de dur:
tu as chassé loin de toi toute obscurité.
Par la grâce, par la pureté
ventris tui,
tous les diables se sont enfuis;
ils n'osent parler, car leur joie
s'est évanouie.
Quand tu tenais et embrassais
ton cher fils, tu les blessais
et les mettais à mal.
De même que c'est vrai, ce que tu as dit:
"Ah! cher Père qui m'as créée,
je suis ta servante",
je t'implore, Vierge,
de prier ton Fils qu'il nous appelle
au jour du Jugement,
quand il fera si violemment
trembler tout le monde sans exception
comme une feuille,
et qu'il nous reçoive parmi les siens!
Disons Amen: qu'il le veuille ainsi!
(...)